LE MONDE | 16.07.07 |
16h43 • Mis à jour le 16.07.07 | 16h43

ans le
département rural et verdoyant de Seine-et-Marne, la crise de l'eau ne se voit
pas. Pourtant, les habitants de ce département en pleine explosion démographique
ont dû s'habituer aux économies. L'état de la nappe souterraine du Champigny
figure parmi les plus préoccupants de France. Depuis février 2006, des
restrictions d'usage de l'eau sont imposées sans interruption dans plus du tiers
des communes du département. Malgré les pluies récentes, l'état de crise
renforcé, qui déclenche les mesures d'économies les plus sévères, devrait être
déclaré fin juillet.
La nappe, qui alimente un million de personnes en Ile-de-France,
atteint son plus bas niveau historique. Les habitants du département ne sont pas
les seuls concernés : si la moitié des consommateurs habite la Seine-et-Marne,
l'autre loge à Paris et dans la petite couronne, héritage de l'époque où la
capitale a construit son réseau d'approvisionnement en puisant aux meilleures
sources et où la grande banlieue n'existait pas.
Non seulement la quantité d'eau est insuffisante, mais sa qualité
est très dégradée. Peu profonde, la nappe est particulièrement vulnérable aux
pollutions d'origine agricole. Dans ce département céréalier, les résidus de
pesticides et de nitrates présents dans l'eau souterraine crèvent les plafonds
réglementaires. Depuis dix ans, 15 % des habitants du département sont alimentés
en permanence par une eau dépassant ces seuils et 80 % connaissent régulièrement
des interdictions de consommation pour les femmes enceintes et les nourrissons.
Les collectivités locales doivent donc aujourd'hui se battre en même temps sur
deux fronts, pour préserver à la fois la quantité et la qualité de l'eau.
Les marges de manoeuvre pour économiser sont limitées. 90 % des volumes
prélevés sont utilisés pour l'eau potable. Or l'efficacité des restrictions
imposées aux particuliers est "très difficile à mesurer", relève Cécile
Rousseau, responsable du service de la police de l'eau à la direction
départementale de l'agriculture et de la forêt. Malgré tout, évolution plutôt
satisfaisante, la courbe de consommation baisse de 1 % à 2 % par an, tandis que
la population augmente dans les mêmes proportions.
Pour améliorer la qualité de l'eau, les communes doivent aménager de
nouvelles infrastructures. L'agglomération de Melun vient d'ouvrir une unité de
production d'eau potable qui permettra d'éliminer les pesticides. De son côté,
le conseil général tente, dans le cadre du plan départemental de l'eau lancé en
septembre 2006, de mener une action préventive. La méthode peut donner des
résultats spectaculaires. La petite commune de Verneuil-l'Etang a, par exemple,
réussi à diviser par dix les quantités de produits chimiques employées, grâce à
la formation de son personnel, au désherbage thermique ou au paillage des
massifs de fleurs.
Le conseil général tente également d'agir auprès des industriels, et surtout
des agriculteurs, qui restent les principaux utilisateurs de produits polluants.
Selon Hervé Durand, directeur départemental de l'agriculture et de la forêt,
quelque 350 agriculteurs, sur 2 600, emploient des méthodes moins gourmandes en
pesticides, "dans une trop grande discrétion".
Hubert Huygue en fait partie. Depuis qu'il a adopté ces techniques
(allongement des rotations, abandon des labours), ses rendements ont légèrement
chuté, mais ses marges, elles, ont augmenté, grâce aux économies sur les
produits. "Cela demande une bonne maîtrise technique, une prise de risque
plus grande, explique M. Huygue. Et il faut être prêt, psychologiquement,
à faire dix quintaux de moins que ses voisins." La plupart n'ont pas encore
passé ce cap.